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Grammaire

L’accusatif en espéranto (-n) : le guide complet

Une lettre, cinq usages : apprenez où mettre -n et, tout aussi important, où ne jamais la mettre.

Mis à jour : 9 min de lecture

L’accusatif de l’espéranto, c’est la terminaison -n. Son rôle principal est de marquer le complément d’objet direct, la personne ou la chose sur laquelle porte le verbe : Mi vidas la katon – « Je vois le chat ». Elle indique aussi la direction (en la domon – « dans la maison », en y entrant), la date (lundon – « lundi ») et la mesure (du horojn – « pendant deux heures »).

L’espéranto n’a que deux cas, la forme de base et l’accusatif ; tous les autres rapports passent par une préposition (règle 2).

Le PMEG l’explique ainsi : dans une phrase en espéranto, une préposition ou la terminaison -n indique le rôle d’un mot, et un nom qui n’a ni l’une ni l’autre est en général le sujet (ou, après esti, il décrit le sujet). Ainsi, -n dit « ce n’est pas le sujet » partout où aucune préposition ne le dit déjà : dans la phrase La katon vidas la hundo – « Le chien voit le chat » –, la katon ne peut pas être le sujet, où qu’il soit placé.

Les cinq emplois de -n

EmploiExempleTraduction
Complément d’objet directMi legas libron.« Je lis un livre. »
Direction (vers où)Ŝi iras en la parkon.« Elle va dans le parc. »
Moment (quand)Ni venos lundon.« Nous viendrons lundi. »
Mesure (combien de temps, combien)Ĝi kostas dek eŭrojn.« Cela coûte dix euros. »
À la place de je (rare)Mi ridas lian naivecon.« Je ris de sa naïveté. »

Quels mots prennent -n

La terminaison se place sur les mots qui nomment ou décrivent une chose, toujours après -j :

Type de motForme de baseAvec -n
Nomkato, katojkaton, katojn
Adjectifgranda, grandajgrandan, grandajn
Pronom personnelmi, li, ilimin, lin, ilin
Possessifmiamian
Corrélatif en -u, -a, -okiu, tia, tiokiun, tian, tion
Mot de lieu (direction seulement)hejme, tie, kiehejmen, tien, kien

Ne prennent jamais -n : les verbes, l’article la, les prépositions, les conjonctions, les nombres comme du ou tri, et les corrélatifs en -el, -am, -om, -al, -es (kiel, kiam, kiom, kial, kies). On dit donc Mi havas du katojn – « J’ai deux chats », jamais dun katojn.

1. Le complément d’objet direct

L’objet répond à la question « qui ? » ou « quoi ? » posée après le verbe, exactement comme le COD en français. Comme -n le marque, l’ordre des mots peut changer sans changer le sens ; placer la katon en tête ne fait que déplacer l’insistance. Déplacer le -n sur la hundon change en revanche qui a mordu qui :

La hundo sujet mordis verbe la katon complément d’objet

La katon complément d’objet mordis verbe la hundo sujet

Le chien a mordu le chat.

La kato sujet mordis verbe la hundon complément d’objet

Le chat a mordu le chien.

Tout ce qui décrit l’objet prend aussi -n : Mi aĉetis tiun belan ruĝan aŭton. – « J’ai acheté cette belle voiture rouge. » Voir noms et adjectifs et pronoms.

Objets qui ne peuvent pas prendre -n

Les infinitifs, les propositions en ke – « que » et les citations n’ont pas de place pour une terminaison. Leur rôle est clair malgré tout :

  • Mi volas dormi. – « Je veux dormir. »
  • Mi scias, ke vi venos. – « Je sais que tu viendras. »

Salutations et remerciements

Beaucoup d’expressions courantes se terminent en -n : Saluton! – « Salut ! », Dankon! – « Merci ! », Bonan tagon! – « Bonjour ! », Bonvenon! – « Bienvenue ! ». Ce sont les objets d’un verbe sous-entendu : (Mi deziras al vi) bonan tagon – « (Je te souhaite) une bonne journée ». Le français fonctionne de la même façon : « Bonjour » abrège « (je vous souhaite le) bon jour ». Plus de détails dans les salutations.

2. La direction : vers où

Après une préposition de lieu, -n transforme « où » en « vers où » :

Position (sans -n)Mouvement (avec -n)
en la domo – « dans la maison »en la domon – « dans la maison » (en y entrant)
sur la tablo – « sur la table »sur la tablon – « sur la table » (en y montant)
trans la rivero – « de l’autre côté de la rivière »trans la riveron – « vers l’autre côté de la rivière »
antaŭ la domo – « devant la maison »antaŭ la domon – « (jusque) devant la maison »

La différence compte : La kato saltas sur la tablo – « Le chat saute sur la table » (il s’y trouve déjà et y saute), mais La kato saltas sur la tablon – « Le chat saute sur la table » (il y monte d’un bond).

lieu (où ?)

La kato saltas sur la tablo.

Le chat saute sur la table (il y est déjà).

direction (vers où ?)

La kato saltas sur la tablon.

Le chat saute sur la table (il y monte d’un bond).

Seules les prépositions qui peuvent aussi indiquer un lieu prennent ce -n : en, sur, sub, antaŭ, apud, inter, trans et d’autres. Al « à, vers », el « hors de », de « de, depuis » et ĝis « jusqu’à » n’indiquent jamais un lieu et ne sont donc jamais suivies de -n. On dit Mi iras al la urbo – « Je vais en ville », et non al la urbon. Le -n de direction exprime toujours un mouvement vers un lieu, jamais un mouvement qui s’en éloigne (PMEG). La liste complète est dans les prépositions.

Les adverbes et les corrélatifs de lieu prennent -n pour la direction sans préposition : hejmen – « chez soi, à la maison » (mouvement), supren – « vers le haut », tien – « vers là », Kien vi iras? – « Où vas-tu ? ». Un nom de lieu peut faire de même (Mi veturos Parizon – « Je me rendrai à Paris », tiré de l’Ekzercaro du Fundamento), mais selon le PMEG ce -n seul ne s’emploie en pratique presque qu’avec des noms de villes et de pays, quand on entre dans le lieu, et cet emploi est aujourd’hui très rare, presque archaïque ; on dit normalement al Parizo.

La direction peut aussi être figurée, pour un changement d’état : La sorĉisto ŝanĝis la princon en ranon. – « Le sorcier a transformé le prince en grenouille. »

3. Le temps : quand

Une expression de temps avec -n et sans préposition dit quand quelque chose a lieu :

  • lundon – « lundi »
  • la 5-an de Majo – « le 5 mai »
  • ĉiun tagon – « chaque jour »
  • unu tagon – « un jour »

Le même sens est possible avec une préposition : en la sama tago = la saman tagon – « le même jour ». Pour l’heure, on emploie je : je la deka – « à dix heures », alors que la dekan signifie « le dix » (du mois). Le français omet lui aussi la préposition dans « lundi », « tous les jours » : l’idée est la même.

4. La mesure : combien de temps, quelle distance, combien

-n donne aussi la durée, la distance, le prix, le poids et l’âge :

  • Mi dormis ok horojn. – « J’ai dormi huit heures. »
  • Ni marŝis dek kilometrojn. – « Nous avons marché dix kilomètres. »
  • La libro kostas dek eŭrojn. – « Le livre coûte dix euros. »
  • Li estas dudek jarojn aĝa. – « Il a vingt ans. »

Pour la durée, dum – « pendant » convient aussi : dum ok horoj.

5. À la place de je

La règle 14 autorise -n à la place de la préposition sans sens propre je : Mi ridas je lia naiveco = Mi ridas lian naivecon. Le PMEG note que c’est assez rare aujourd’hui : on préfère une préposition claire.

Quand ne pas employer -n

La plupart des erreurs se produisent ici. Omettez -n dans les cas suivants :

  1. Après esti, iĝi et ŝajni. Le mot qui suit décrit le sujet : c’est un attribut du sujet, pas un objet. Mi estas instruisto. – « Je suis enseignant. » Ŝi iĝis kuracisto. – « Elle est devenue médecin. »
  2. Quand le sujet se place après le verbe. Hieraŭ okazis grava afero. – « Hier, il s’est passé quelque chose d’important. » Avec okazi – « se produire », manki – « manquer », resti – « rester » et aperi – « apparaître », le sujet vient souvent en dernier.
  3. Après la plupart des prépositions. kun mia amiko – « avec mon ami », pri la libro – « à propos du livre ». Seule la direction après une préposition de lieu ajoute -n.
  4. Pour le résultat ou la description de l’objet. Mi farbis la pordon verda. – « J’ai peint la porte en vert. » Comparez Mi farbis la verdan pordon. – « J’ai peint la porte verte » (qui était déjà verte).
  5. Pour le complément d’objet indirect. On emploie al : Mi donis libron al ŝi. – « Je lui ai donné un livre. »

Pièges pour les francophones

Le français n’a pas d’accusatif pour les noms : c’est la place des mots qui fait le travail (« Le chien mord le chat » ne se dit pas comme « Le chat mord le chien »). Seuls quelques pronoms ont une forme d’objet (je le vois, il me voit). Trois habitudes françaises sont à surveiller.

  • « Dans », « sur », « sous » servent aux deux sens. « Je suis dans la maison » et « J’entre dans la maison » utilisent la même préposition en français. En espéranto, la différence est dans le -n : Mi estas en la domo, mais Mi iras en la domon.
  • « Le, la, les » ne sont pas « lui, leur ». Les pronoms d’objet direct lin, ŝin, ilin correspondent à « le, la, les » ; « lui » et « leur » (objet indirect) se disent al li, al ŝi, al ili. « Je lui donne le livre » : Mi donas la libron al li, jamais Mi donas lin la libron.
  • L’attribut ne prend pas -n. « Elle est belle » : Ŝi estas bela, jamais Ŝi estas belan.

Les erreurs fréquentes

FauxCorrectPourquoi
Mi vidas la kato.Mi vidas la katon.L’objet demande -n.
Mi vidas bela katon.Mi vidas belan katon.L’adjectif reprend le -n.
Mi havas du katonj.Mi havas du katojn.-j vient avant -n.
Mi iras al la urbon.Mi iras al la urbo.Al signifie déjà « vers ».
Mi estas en la domon.Mi estas en la domo.Pas de mouvement, donc pas de -n.
Okazis akcidenton.Okazis akcidento.C’est le sujet, pas l’objet.
Mi donis ŝin libron.Mi donis al ŝi libron.Le destinataire se met avec al.

L’accusatif et l’ordre des mots

Puisque l’objet porte -n, les six ordres possibles du sujet, du verbe et de l’objet sont grammaticaux : Petro amas Marian, Marian amas Petro, Amas Petro Marian, etc. L’ordre neutre est sujet–verbe–objet, comme en français.

Placer l’objet en tête renforce l’accent : Kafon mi ne trinkas, sed teon mi ŝatas. – « Le café, je n’en bois pas, mais le thé, je l’aime. » Si un objet ne peut pas prendre -n, comme un nom étranger, gardez l’ordre neutre. Plus de détails sur l’ordre des mots.

Contrôle rapide : -n ou pas

  1. Mouvement vers un lieu après en, sur, sub et semblables ? Ajoutez -n.
  2. Objet du verbe (et pas après esti, iĝi, ŝajni) ? Ajoutez -n à l’objet et à chaque mot qui le décrit.
  3. Une date ou une mesure sans préposition ? Ajoutez -n.
  4. Tout le reste après une préposition ? Pas de -n.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’accusatif en espéranto ?

C’est la terminaison -n, ajoutée aux noms, aux adjectifs, aux pronoms et à certains corrélatifs. Elle marque le complément d’objet direct, mais aussi la direction, la date et la mesure.

Pourquoi les salutations en espéranto se terminent-elles par -n ?

Ce sont des phrases abrégées. Bonan tagon! tient la place de (Mi deziras al vi) bonan tagon – « (Je te souhaite) une bonne journée » : la salutation est l’objet d’un verbe sous-entendu.

Emploie-t-on -n après les prépositions ?

Normalement non : kun mi – « avec moi », al la urbo – « en ville ». L’exception est la direction après une préposition de lieu comme en, sur ou sub : en la domon – « dans la maison » (en y entrant).

L’adjectif prend-il aussi -n ?

Oui. Tout adjectif, possessif ou corrélatif qui décrit l’objet prend -n : Mi perdis mian novan telefonon. – « J’ai perdu mon nouveau téléphone. »

Le français a-t-il un accusatif ?

Pas pour les noms. En français, seuls certains pronoms ont une forme propre à l’objet (le, la, les, me, te), et la place des mots indique le reste. En espéranto, -n joue ce rôle sur les noms, les adjectifs et les pronoms, ce qui libère l’ordre des mots.

Sources

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