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Grammaire

Interjections de l’espéranto : ho, ve, hura, nu, onomatopées

Neuf interjections seulement sont officielles ; les autres, de aha à tik tak, sont des mots libres que chacun peut forger.

Mis à jour : 8 min de lecture

L’espéranto compte neuf interjections officielles : adiaŭ, bis, fi, ha, he, ho, hura, nu et ve. Une interjection est un mot bref qui exprime un sentiment ou appelle l’attention. Elle se tient en dehors de la grammaire ordinaire : elle n’a pas de terminaison, ne prend aucun cas et n’entre pas en relation avec les autres mots de la phrase, mais forme souvent un énoncé complet à elle seule (PMEG). Toutes les autres – aha, hej, oj, hm et les mots d’animaux et de bruits – sont non officielles, et le PMEG précise que les locuteurs peuvent créer librement de tels mots.

Les salutations comme Saluton! et Dankon! y ressemblent, mais ce ne sont pas des interjections : ce sont des noms à l’accusatif, expliqués plus bas.

Les neuf interjections officielles

Six figuraient déjà dans le Fundamento de 1905 (dans l’Universala Vortaro ou l’Ekzercaro). Trois ont été ajoutées plus tard par le Comité linguistique et l’Académie d’espéranto : he (1909), hura (1921) et bis (1929).

MotExprimeStatutExemple
adiaŭl’adieu, surtout pour une longue séparationFundamento 1905Mi diris adiaŭ al la malnova domo. – « J’ai dit adieu à la vieille maison. »
bis« bis ! », « encore ! » : demande de répéter une prestation4e Ajout officiel, 1929"Bis!" kriis la publiko. – « « Bis ! » cria le public. »
file mépris, le dégoûtFundamento 1905Fi, kiel abomene! – « Pouah, quelle horreur ! »
hal’émerveillement, la surpriseFundamento 1905Ha, kiel bele! – « Ah, comme c’est beau ! »
heun appel à l’attention1er Ajout officiel, 1909He, Petro, atendu min! – « Hé, Pierre, attends-moi ! »
hotout sentiment vif ; aussi devant une interpellationFundamento 1905Ho, Dio! kion vi faras! – « Oh, mon Dieu, que faites-vous ! »
hurala joie, l’approbation, l’enthousiasme3e Ajout officiel, 1921Hura! Ni gajnis! – « Hourra ! Nous avons gagné ! »
nu« allons, eh bien » : quelque chose de notable suitFundamento 1905Nu, iru pli rapide! – « Allons, plus vite ! »
vele chagrin ou le regret ; aussi une menaceFundamento 1905Ve, mi perdis la ŝlosilon! – « Hélas, j’ai perdu la clé ! »

Les exemples de fi, ha, ho et nu viennent de l’Ekzercaro de Zamenhof (§ 26). Le statut et les dates suivent l’Akademia Vortaro de l’Académie.

Nu : le mot à tout faire

Nu annonce que quelque chose de digne d’attention va suivre. Le PMEG en recense de nombreux emplois, dont :

  • l’impatience : Nu, iru pli rapide! – « Allons, plus vite ! »
  • l’accord : Nu, bone, mi venos. – « Eh bien, d’accord, je viendrai. »
  • l’hésitation : Nu... mi ne scias. – « Eh bien... je ne sais pas. »
  • la résignation : Nu, tia estas la vivo. – « Eh bien, c’est la vie. »
  • la consolation : Nu, nu, ĉio estos bone. – « Allons, allons, tout ira bien. »

Le ReVo ajoute que nu a aussi un sens de conjonction ; un « ! » ou des « ... » à la suite marquent l’interjection.

Ho, ha, he et ve

Ho est la plus générale. Elle est courante devant une interpellation (ho, Dio!) et dans des combinaisons comme ho ve et he ho. Ha est plus proche de l’émerveillement ; redoublée, ha ha imite le rire. He attire l’attention de quelqu’un. Ve exprime la peine et peut être un avertissement : Ve al vi, se vi tion faros! – « Malheur à vous si vous faites cela ! »

Adiaŭ et bis dans la pratique

Le PMEG remarque qu’adiaŭ s’emploie peu en pratique. On dit plutôt ĝis (la) revido! ou ĝis!, qui annoncent une nouvelle rencontre ; voir les salutations. Bis se limite aux cadres artistiques et musicaux et reste rare aussi ; on dit plus souvent pli, plian ou denove.

Interjections non officielles

Le PMEG en cite plus de quarante exemples et ajoute que les formes et les sens varient selon le locuteur et la situation : il ne faut donc pas prendre les gloses trop au sérieux. Non officiel ne veut pas dire fautif : ces mots sont courants à l’oral comme à l’écrit.

MotExprimeExemple
loun appel, employé seulement dans l’appel téléphonique ha loHa lo, ĉu vi aŭdas min? – « Allô, m’entendez-vous ? »
holaun appelHola! Ĉu iu estas hejme? – « Holà ! Y a-t-il quelqu’un ? »
hojun appel de loinHoj! Ni estas ĉi tie! – « Ohé ! Nous sommes ici ! »
hejl’encouragement, l’invitation à la gaietéHej, ni dancu! – « Hé, dansons ! »
hopl’exhortation à sauterHop! Super la barilon! – « Hop ! Par-dessus la barrière ! »
stop« halte ! »Stop! Ne iru plu! – « Stop ! N’allez pas plus loin ! »
ahala constatation de quelque chose d’attendu ou de soupçonnéAha, tial vi ne venis! – « Aha, voilà pourquoi vous n’êtes pas venu ! »
ehela compréhension soudaineEhe, nun mi komprenas! – « Ah, maintenant je comprends ! »
ohola surpriseOho, kiom da homoj! – « Oh là là, quelle foule ! »
aĥune forte surprise ou un regretAĥ, kia domaĝo! – « Ah, quel dommage ! »
aj, aŭla douleurAj, mia piedo! – « Aïe, mon pied ! »
ojun regret amer ou la douleurOj, mi perdis ĉion! – « Oh là là, j’ai tout perdu ! »
ba, bafun rejet désinvolteBa, tio ne gravas. – « Bah, ça n’a pas d’importance. »
bel’embarras (aussi le bêlement d’un mouton)Be... mi ne komprenas. – « Euh... je ne comprends pas. »
hmune pause pour réfléchir, le doute, le désaccord, une toux feinteHm, mi devas pripensi. – « Hum, je dois y réfléchir. »
ufle soulagement après un effort (fu : idem, ou un rire étouffé)Uf, finfine finite! – « Ouf, enfin terminé ! »
huune peur soudaineHu! Kio estis tio? – « Hou ! Qu’était-ce ? »
hu haune grande excitation–
o kejl’accord, « okay »O kej, ni iru. – « OK, allons-y. »
amen, haleluja, hosanades exclamations religieuses du judaïsme et du christianisme–

Aŭ « aïe » s’écrit comme la conjonction aŭ « ou » ; le contexte les distingue. Hej n’est pas une salutation dans la liste du PMEG : pour dire « bonjour », employez Saluton!.

Mots imitatifs et cris d’animaux

Les mots imitatifs (onomatopées) sont la partie la plus libre de la langue. Le PMEG dit que les règles de grammaire ne s’y appliquent pas et qu’ils peuvent enfreindre les règles de sons habituelles : sss a trois consonnes identiques et aucune voyelle.

MotImite ou sert à
ŭaun cri de bébé ; un aboiement
hot, hotoexciter un cheval ou chasser une vache
huŝ, tjufaire fuir des animaux
gik gakun canard
hu huun hibou
kluk klukune poule ; aussi, comme glu glu, l’eau qui coule d’une bouteille
kŭaks, brekekekeksun crapaud
kva, kvakune grenouille
kvivitun oiseau qui gazouille
glu glu gluun dindon
puf, pumle bruit sourd d’une chute
sssun sifflement
tik takune horloge mécanique
  • Puf! La libro falis de la breto. – « Pouf ! Le livre est tombé de l’étagère. »
  • La anaso diras “gik gak”, kaj la rano diras “kva”. – « Le canard dit « gik gak » et la grenouille dit « kva ». »

N’importe quelle racine peut perdre sa terminaison et devenir une exclamation ou un bruit. Le PMEG donne halt! (de halti), ek! « en route ! », eks! « ouste ! » et help!. Les verbes donnent des bruits en perdant leur terminaison, parfois avec des changements : kraki → krak!, plaŭdi → plaŭ!, boji → boj!, tinti → tin tin!, pafi → pif, paf!. Le PMEG conseille d’en user avec modération et seulement avec des racines à une seule voyelle, car un rapid! tout nu laisse l’accent incertain.

Les interjections françaises et leurs équivalents

Beaucoup d’interjections espérantes ressemblent à celles du français : adiaŭ à « adieu », hura à « hourra », bis au « bis ! » qu’on crie au spectacle (le ReVo traduit bisi par « bisser »). Le tableau donne les correspondances les plus utiles.

En françaisEn espérantoRemarque
ah !haÉmerveillement, surprise
oh !hoLa plus générale ; aussi devant une interpellation (ho, Dio!)
hé !heAttirer l’attention
hélas !veChagrin ou regret ; aussi menace
hourra !huraJoie, approbation
aïe !aj ou aŭDouleur ; non officielles
ouf !ufSoulagement ; non officielle
holà !holaUn appel ; non officielle
hum !hmPause, doute ; non officielle
allô !ha loAu téléphone, dit ha-LO
allons ! eh biennuImpatience, accord, hésitation…

Pour les bruits et les cris d’animaux, chaque langue a ses propres formes, même si certaines se ressemblent :

Animal ou bruitEn françaisEn espéranto
canardcoin-coingik gak
grenouillecoakva, kvak
poulecot cotkluk kluk
hibouhou houhu hu
chienouafŭa
horlogetic-tactik tak

Le ŭ de ŭa se prononce comme le ou de « oui » : ŭa se lit [wa], comme le oi de « roi ».

Mots formés à partir d’interjections

Une interjection officielle n’a pas de terminaison, mais certaines ont des mots dérivés, avec des terminaisons ordinaires (voir formation des mots). Ces formes sont confirmées dans le PMEG ou le ReVo :

InterjectionMots dérivésSens
adiaŭadiaŭi, adiaŭo, adiaŭadire adieu ; un adieu ; d’adieu (adjectif)
bisbisicrier « bis ! », demander une répétition (bisser)
fifiaméprisable ; fi- est aussi un préfixe : fihomo « un homme ignoble »
hurahurao, huraiun hourra ; pousser des hourras (ReVo)
veveo, vei (aussi veadi), vea, hejmveoun cri de douleur ; se lamenter ; plaintif ; le mal du pays
stopstopiarrêter, immobiliser
hophopisauter à cloche-pied
  • Ni adiaŭis niajn amikojn en la stacidomo. – « Nous avons dit adieu à nos amis à la gare. »
  • La infanoj huraas. – « Les enfants poussent des hourras. »

Le PMEG et le ReVo ne donnent aucun mot dérivé pour he, ho ou nu : n’en inventez donc pas.

Saluton et Dankon ne sont pas des interjections

Saluton! « Bonjour ! » et Dankon! « Merci ! » ressemblent à des exclamations, mais ce sont des noms à la terminaison de l’accusatif. Le PMEG les traite comme des phrases abrégées : Saluton! = (Mi donas al vi) saluton « (Je vous donne) un salut », et Dankon! = (Mi donas al vi) dankon. Il en va de même pour Bonan matenon! – « (Je vous souhaite) un bon matin ». Le -n marque l’objet d’un verbe qu’on ne prononce plus. Voir les formules de politesse pour les réponses.

D’autres expressions qui ne sont que des fausses interjections :

  • Jes, ne, jen sont des particules proches des adverbes (adverbes).
  • Pardonu!, Bonvolu!, Helpu! sont des impératifs en -u.
  • Kia bela tago! – « Quelle belle journée ! » se construit avec un corrélatif ; le PMEG range Kia ĝoja festo! parmi les phrases abrégées, non parmi les interjections.

Prononciation et orthographe

L’accent tombe normalement sur l’avant-dernière voyelle (voir l’alphabet) : HU-ra, A-ha, HO-la. Le français, qui accentue la dernière syllabe, pousse à dire hu-RA, comme dans « hourra ». Le PMEG note que les interjections reçoivent souvent un autre accent que celui que l’orthographe laisse supposer. Il recommande alors de séparer ou de réécrire le mot pour que l’écriture corresponde au son.

MotAccent selon la règlePrononciation couranteGraphie correspondante
huraHU-rahu-RAhu ra
holaHO-laho-LAho la
aha, ehe, ohoA-ha, E-he, O-hoa-HA, e-HE, o-HOa ha, e he, o ho
o kejO-kejo-KEJo kej, et non okej
miaŭMI-aŭmi-AŬmjaŭ

L’appel téléphonique est ha lo, toujours dit « ha-LO ». Écrit halo, il se lirait comme le nom ordinaire halo, accentué HA-lo. La lettre ŭ suit normalement a ou e, mais en 2023 l’Académie l’a acceptée à d’autres places dans les exclamations et les mots imitatifs, comme dans ŭa et kŭaks.

Usage et culture

  • Bien des citations du ReVo pour ve, ho, nu et hura viennent des traductions d’Andersen, de Schiller et de l’Ancien Testament par Zamenhof. Sa Preĝo sub la Verda Standardo emploie ho dans l’invocation d’un « Mystère puissant et immatériel ».
  • Le PMEG décrit ha lo comme un appel employé surtout au téléphone. Le ReVo, citant un guide d’usage, y préfère saluton.

Exemples en phrases

  • Ho, kia bela vespero! – « Oh, quelle belle soirée ! »
  • Ha, jen vi estas! – « Ah, te voilà ! »
  • He, atendu min! – « Hé, attends-moi ! »
  • Nu, kion ni faru nun? – « Eh bien, que faisons-nous maintenant ? »
  • Ve, la lasta buso jam foriris! – « Hélas, le dernier bus est déjà parti ! »
  • Fi, kia malpura ĉambro! – « Pouah, quelle pièce sale ! »
  • Hura, morgaŭ komenciĝas la ferioj! – « Hourra, les vacances commencent demain ! »
  • Post la koncerto ĉiuj kriis: Bis! Bis! – « Après le concert, tout le monde a crié : Bis ! Bis ! »
  • Adiaŭ, kara amiko! – « Adieu, cher ami ! »
  • Aj, mi tranĉis mian fingron! – « Aïe, je me suis coupé le doigt ! »

Questions fréquentes

Combien d’interjections l’espéranto a-t-il ?

Neuf sont officielles : adiaŭ, bis, fi, ha, he, ho, hura, nu, ve. Beaucoup d’autres sont non officielles, et les locuteurs peuvent inventer librement des mots imitatifs.

Saluton est-il une interjection ?

Non. C’est le nom saluto « salut » avec la terminaison -n de l’accusatif, abrégé de Mi donas al vi saluton. Dankon fonctionne de la même façon.

Comment dit-on « aïe » en espéranto ?

Employez aj! ou aŭ! pour la douleur. Oj! exprime un regret amer ou la douleur.

Comment dit-on « hourra » en espéranto ?

Hura! C’est une interjection officielle, ajoutée en 1921. Pousser des hourras se dit hurai : La infanoj huraas.

Comment dit-on « hélas » en espéranto ?

Ve! C’est une interjection officielle du Fundamento de 1905, qui exprime le chagrin ou le regret : Ve, mi perdis la ŝlosilon! – « Hélas, j’ai perdu la clé ! »

Comment dit-on « allô » en espéranto ?

Au téléphone, on dit ha lo, toujours prononcé « ha-LO ». Le ReVo, citant un guide d’usage, y préfère saluton.

Une interjection peut-elle prendre une terminaison ?

Certaines le peuvent : veo, adiaŭi, bisi, fia, hurai. D’autres, comme ho et nu, n’ont pas de formes dérivées usuelles.

Où tombe l’accent dans hura et aha ?

Selon la règle, sur HU-ra et A-ha. Beaucoup de locuteurs disent hu-RA et a-HA ; le PMEG suggère alors d’écrire hu ra et a ha.

Sources

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