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Grammaire

Propositions relatives en espéranto : kiu, kiun, kio, kies

L’espéranto n’a pas de « que » à tout faire : kiu décrit un nom, ke énonce un fait, et -n dépend du rôle de kiu dans sa propre proposition.

Mis à jour : 8 min de lecture

Une proposition relative espéranto commence par un mot en ki-, le plus souvent kiu, qui remplace le nom décrit : La libro, kiun mi legas, estas bona. – « Le livre que je lis est bon. » Kiu traduit « qui », « que » et « lequel » en un seul mot. Il prend -j quand le nom est au pluriel et -n quand il est complément d’objet dans sa propre proposition. Le PMEG les appelle rilataj subfrazoj, « subordonnées relatives ».

La proposition se place juste après son nom. Comme en français, le mot relatif ne tombe jamais : « le livre que je lis » se dit la libro, kiun mi legas.

Quel mot relatif employer

Le nom que vous décrivezEmployezExemple
une personne ou une chose, sujet de la propositionkiu, kiujLa viro, kiu loĝas tie, estas mia onklo. – « L’homme qui habite là est mon oncle. »
une personne ou une chose, complément d’objet de la propositionkiun, kiujnLa libroj, kiujn mi legas, estas bonaj. – « Les livres que je lis sont bons. »
une personne ou une chose après une prépositionpréposition + kiula amiko, kun kiu mi parolis – « l’ami avec qui j’ai parlé »
un possesseurkiesla knabino, kies patro estas kuracisto – « la fille dont le père est médecin »
tio, ĉio, io, nenio ou une idée entièrekio, kionĉio, kion vi diris – « tout ce que vous avez dit »
un lieu ou un momentkie, kien, kiamla urbo, kie mi naskiĝis – « la ville où je suis né »
une manière, une sorte ou une quantitékiel, kia, kiomtiom da tempo, kiom vi bezonas – « autant de temps qu’il vous en faut »

Qui, que, dont, où : les équivalents français

Les relatifs français et espéranto ne se recouvrent pas un à un. Ce tableau donne le mot espéranto pour chaque cas.

FrançaisEspérantoExemple
qui (sujet)kiula viro, kiu loĝas tie – « l’homme qui habite là »
que (complément d’objet)kiunla libro, kiun mi legas – « le livre que je lis »
lequel, laquelle, lesquels, lesquelleskiu, kiujla tablo, sur kiu mi metis la libron – « la table sur laquelle j’ai posé le livre »
dont (possession)kiesla viro, kies hundon mi trovis – « l’homme dont j’ai trouvé le chien »
dont (avec « parler de », « avoir besoin de »…)selon le verbela persono, pri kiu mi parolas – « la personne dont je parle » ; la libro, kiun mi bezonas – « le livre dont j’ai besoin »
dont (partie d’un groupe)el kiujMi havas tri katojn, el kiuj unu estas nigra. – « J’ai trois chats, dont un est noir. »
où (lieu), où (direction), où (moment)kie, kien, kiamla urbo, kien mi iras – « la ville où je vais » ; la tago, kiam ni renkontiĝis – « le jour où nous nous sommes rencontrés »
ce qui, ce que, ce dontkio, kiontio, kio okazis – « ce qui s’est passé » ; tio, pri kio mi parolas – « ce dont je parle »

Le « dont » français a de nombreux emplois ; seul le sens de possession se rend par kies. Pour les autres, on garde la construction du verbe espéranto : une préposition devant kiu (paroli pri), ou un complément d’objet direct (bezoni). Kiu ne varie pas selon le genre, contrairement à « lequel / laquelle » : il prend seulement -j au pluriel et -n comme complément d’objet.

Kiu, kiuj, kiun, kiujn

Kiu s’accorde en nombre avec le nom qu’il remplace, comme un adjectif. Son -n (voir l’accusatif) dépend uniquement de son propre rôle dans la proposition relative, jamais du rôle du nom dans la phrase principale.

Rôle de kiu dans sa propositionSingulierPluriel
sujetkiukiuj
complément d’objetkiunkiujn
après une prépositionkun kiukun kiuj

Pour choisir la forme, transformez la proposition en phrase indépendante et regardez ce que kiu remplace : Mi legas la libron donne la libro, kiun mi legas (complément d’objet, donc -n) ; La viro loĝas tie donne la viro, kiu loĝas tie (sujet, pas de -n). Pour une relative, un réflexe utile : « qui » donne kiu, « que » donne kiun.

  • Mi vidis la knabon, kiu kantis. – « J’ai vu le garçon qui chantait. » Knabon est le complément d’objet de vidis, mais kiu est le sujet de kantis, donc il n’a pas de -n.
  • La knabo, kiun mi vidis, kantis. – « Le garçon que j’ai vu chantait. » Cette fois, knabo est le sujet et kiun le complément d’objet.

Les prépositions devant kiu

La préposition se place directement devant kiu, et le couple ouvre la proposition. L’anglais peut laisser la préposition à la fin ; l’espéranto ne le peut pas (PMEG). Le français fonctionne comme l’espéranto sur ce point.

FrançaisEspéranto
l’ami avec qui j’ai parléla amiko, kun kiu mi parolis
la chambre dans laquelle nous dormonsla ĉambro, en kiu ni dormas
la chambre dans laquelle je suis entréla ĉambro, en kiun mi iris

Après une préposition, kiu ne prend pas de -n, sauf pour indiquer une direction : en kiu situe (« dans laquelle »), en kiun indique le mouvement vers l’intérieur (« dans laquelle j’entre »).

Kio : après tio, ĉio, io et nenio

Quand le nom décrit est un corrélatif en -o, employez kio (complément d’objet : kion), et non kiu :

  • Tio, kio okazis, estis stranga. – « Ce qui s’est passé était étrange. »
  • Mi komprenis ĉion, kion vi diris. – « J’ai compris tout ce que vous avez dit. »
  • Ŝi havas nenion, kion ŝi volas kaŝi. – « Elle n’a rien qu’elle veuille cacher. »

Kio suit aussi un adjectif employé seul au sens de « la chose » : la unua, kion mi lernis – « la première chose que j’ai apprise » ; avec un nom, c’est de nouveau kiu : la unua vorto, kiun mi lernis – « le premier mot que j’ai appris ». Et kio peut reprendre toute une proposition : Ŝi gajnis la konkurson, kio ĝojigis ĉiujn. – « Elle a gagné le concours, ce qui a réjoui tout le monde. »

Kies : « dont » possessif

Kies correspond à « dont le / la / les … » pour la possession. Il ne prend jamais -j ni -n ; c’est le nom qui le suit qui les prend :

  • La knabino, kies patro estas kuracisto, loĝas apud mi. – « La fille dont le père est médecin habite près de chez moi. »
  • Jen la viro, kies hundon mi trovis. – « Voici l’homme dont j’ai trouvé le chien. »

Kies marque surtout la possession et l’appartenance. Pour une partie prise dans un groupe, employez el kiuj : Mi havas tri katojn, el kiuj unu estas nigra. – « J’ai trois chats, dont un est noir. »

Kie, kiam, kiel et les paires tiu … kiu

Un mot en ki- répond souvent à un mot en ti- du même groupe dans la proposition principale, c’est pourquoi les corrélatifs forment un tableau.

Proposition principaleProposition relativeExemple
tiukiuTiu, kiu venis, estas mia frato. – « Celui qui est venu est mon frère. »
tiokioMi aŭdis tion, kion vi diris. – « J’ai entendu ce que vous avez dit. »
tiakiaMi serĉas tian ĉambron, kian vi priskribis. – « Je cherche une chambre comme celle que vous avez décrite. »
tie, tienkie, kienMi restos tie, kie vi estas. – « Je resterai là où vous êtes. »
tiamkiamVenu tiam, kiam vi povas. – « Venez quand vous pouvez. »
tielkielSkribu tiel, kiel vi parolas. – « Écrivez comme vous parlez. »

Le mot en ti- peut tomber quand il aurait la même forme que le mot en ki- : Kiu serĉas, trovas. – « Qui cherche trouve. » Si les formes diffèrent, il doit rester : Mi konas tiun, kiu telefonis. – « Je connais celui qui a téléphoné. » On ne peut pas dire Mi konas, kiu telefonis, car tiun prendrait -n et kiu n’en prend pas.

Après un nom, kie et kiam fonctionnent de la même façon : la tago, kiam ni renkontiĝis – « le jour où nous nous sommes rencontrés ». Kie remplace souvent « dans lequel » : la ĝardeno, kie ni ludis = la ĝardeno, en kiu ni ludis – « le jardin où nous jouions ». Comme mot relatif, kial est rare : écrivez la kaŭzo, pro kiu ili foriris – « la raison pour laquelle ils sont partis ».

Ke ou kiu ?

Le « que » français fait deux métiers, comme « that » en anglais : il décrit un nom (« le livre que je lis ») et ouvre un énoncé (« je sais que vous avez raison »). L’espéranto les sépare. Ke n’a aucun sens propre et marque seulement le début d’une proposition (PMEG). Voir les conjonctions.

FrançaisEspérantoPourquoi
le livre que je lisla libro, kiun mi legasLe livre est le complément d’objet de « lire ».
je sais que vous avez raisonMi scias, ke vi pravas.Un énoncé après un verbe de connaissance.
la nouvelle qu’Anna m’a racontéela novaĵo, kiun Anna rakontis al miLa nouvelle est le complément d’objet de « raconter ».
la nouvelle qu’Anna viendrala novaĵo, ke Anna venosLa proposition précise ce que dit la nouvelle.

Le test consiste à remettre le nom dans la proposition. Mi legis la libron fonctionne, donc kiun. Anna venos est déjà complet sans « nouvelle », donc ke.

Les questions à l’intérieur d’une phrase

Une question à l’intérieur d’une phrase s’ouvre par ĉu (oui ou non) ou par un mot en ki- et ne prend pas de point d’interrogation ; voir questions et négation.

  • Mi ne scias, ĉu ŝi venos. – « Je ne sais pas si elle viendra. »
  • Mi ne scias, kiu venos. – « Je ne sais pas qui viendra. »

N’employez pas se (« si » de condition) pour le « si » interrogatif, que le français écrit pareil : c’est ĉu. La même proposition en ki- peut être une question ou une relative dont le tion est tombé : Mi scias, kion vi diris signifie « Je sais ce que vous avez dit » ou « Je sais la chose que vous avez dite », avec peu de différence (PMEG).

La virgule

Le PMEG ne fixe aucune règle contraignante pour la virgule ; elle convient là où tombe une pause naturelle, par exemple devant une subordonnée : Mi vidis katon, kiu dormis sur la tablo. – « J’ai vu un chat qui dormait sur la table. » Une proposition intercalée prend une virgule de chaque côté : La viro, kiu loĝas tie, estas mia onklo. On peut toujours mettre les virgules, même autour d’une proposition qui identifie le nom (PMEG).

Une différence avec le français. Le français distingue la relative explicative, entre virgules (« Mon frère, qui habite à Lyon, est médecin »), de la relative déterminative, sans virgule (« L’homme qui habite là est mon oncle »). En espéranto, cette distinction ne passe pas par la ponctuation : la virgule se met d’ordinaire dans les deux cas, comme dans La viro, kiu loĝas tie, estas mia onklo.

La virgule se place avant la préposition, pas avant kiu : la amiko, kun kiu mi parolis, jamais la amiko kun, kiu mi parolis.

Erreurs typiques

ErreurMieuxPourquoi
La libro, kiu mi legasLa libro, kiun mi legasKiu est le complément d’objet de legas : c’est le « que » du français.
Mi vidis la viron, kiun kantis.Mi vidis la viron, kiu kantis.Kiu est le sujet de kantis ; le -n de viron ne se recopie pas.
La libro mi legasLa libro, kiun mi legasLe mot relatif ne peut pas tomber.
La amiko, mi parolis kunLa amiko, kun kiu mi parolisLa préposition se place devant kiu.
ĉio, kiu mi dirisĉio, kion mi dirisAprès ĉio, on emploie kio (« tout ce que »).
Mi pensas, kiu vi pravas.Mi pensas, ke vi pravas.Un énoncé demande ke, le « que » conjonction.
Mi ne scias, se ŝi venos.Mi ne scias, ĉu ŝi venos.Ĉu est le « si » interrogatif, se le « si » de condition.
la knabino, kiu patro estas kuracistola knabino, kies patro estas kuracistoLe « dont » possessif est kies.
la persono, kiun mi parolasla persono, pri kiu mi parolasOn parle de quelqu’un avec pri : préposition + kiu, et non un complément d’objet.

Exemples en phrases

  • La filmo, kiun ni vidis hieraŭ, estis tre amuza. – « Le film que nous avons vu hier était très drôle. »
  • Mi havas amikon, kiu parolas kvin lingvojn. – « J’ai un ami qui parle cinq langues. »
  • La urbo, en kiu mi naskiĝis, estas malgranda. – « La ville où je suis né est petite. »
  • La homoj, kun kiuj mi laboras, estas tre afablaj. – « Les gens avec qui je travaille sont très aimables. »
  • Jen la instruisto, kies lecionojn mi ŝatas. – « Voici le professeur dont j’aime les cours. »
  • Ĉio, kion vi bezonas, estas en la sako. – « Tout ce dont tu as besoin est dans le sac. »
  • Mi memoras la tagon, kiam ni unue renkontiĝis. – « Je me souviens du jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois. »
  • Ŝi loĝas en la domo, kie loĝis ŝiaj geavoj. – « Elle habite dans la maison où habitaient ses grands-parents. »

Questions fréquentes

Comment dit-on « qui », « que » et « lequel » en espéranto ?

Employez kiu pour les personnes comme pour les choses, et kiuj au pluriel : la viro, kiu venis. « Qui » sujet est kiu, « que » complément d’objet est kiun. Après tio, ĉio, io et nenio, employez kio (« ce qui, ce que »). Le « dont » possessif est kies. Le « que » d’« je sais que » est ke.

Faut-il dire kiu ou kiun ?

Employez kiun quand le mot est complément d’objet dans sa propre proposition (la libro, kiun mi legas) et kiu quand il est sujet (la viro, kiu loĝas tie).

Peut-on omettre le pronom relatif en espéranto ?

Non, comme en français. « Le livre que je lis » doit se dire la libro, kiun mi legas, et « l’ami avec qui j’ai parlé » la amiko, kun kiu mi parolis.

Quelle est la différence entre ke et kiu ?

Kiu décrit un nom et le remplace dans la proposition. Ke ouvre seulement une proposition qui donne un énoncé ou le contenu d’un nom : Mi scias, ke vi pravas ; la fakto, ke li venis.

Y a-t-il une virgule avant kiu ?

Généralement oui : Mi vidis la viron, kiu loĝas tie. Le PMEG ne fixe pas de règle contraignante, mais une virgule devant une subordonnée est l’usage normal.

Sources

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